La fiscalité de la voiture électrique revient dans le débat public, malgré le retrait du malus au poids qui devait viser certains modèles dans le budget 2026. Le sujet reste sensible pour l’exécutif, pris entre l’objectif de décarbonation du parc automobile et la baisse programmée des recettes liées aux carburants. Le Royaume-Uni, qui instaurera une taxe kilométrique en 2028, sert désormais de point de comparaison pour les acteurs français.
Bercy retire le malus au poids électrique du budget 2026
Le projet de taxation au poids des voitures électriques a été retiré du budget 2026. Cette décision épargne les modèles les plus lourds, notamment les SUV familiaux et les grandes berlines électriques, qui auraient été exposés à des montants importants lors de l’immatriculation. Pour les constructeurs, le retrait évite un signal contradictoire envoyé à un marché encore en phase d’installation.
La mesure visait initialement à répondre à une réalité industrielle. Les batteries de grande capacité alourdissent fortement les véhicules, avec un impact sur les matières premières, la fabrication et l’usure des routes. Le malus au poids appliqué aux électriques aurait donc reposé sur une logique environnementale plus large que la seule émission de CO à l’échappement.
Mais l’exécutif a choisi de préserver la dynamique commerciale du secteur. Les véhicules électriques restent plus chers à l’achat que leurs équivalents thermiques dans de nombreux segments, malgré les aides disponibles et la baisse progressive du prix des batteries. Taxer les SUV électriques dès l’achat aurait pesé sur les familles, les entreprises et les flottes professionnelles, trois catégories centrales pour accélérer le renouvellement du parc.
Le gouvernement a préféré concentrer le durcissement fiscal sur les motorisations thermiques et hybrides les plus émettrices. Cette orientation soutient la transition écologique, tout en laissant ouverte la question d’une fiscalité spécifique à l’usage. Le retrait du malus ne ferme donc pas le dossier. Il repousse seulement le débat vers un autre terrain, celui du financement durable des infrastructures et des pertes de recettes pétrolières.

La TICPE expose Bercy à un manque de 40 milliards
Le cœur du sujet se trouve dans la TICPE, la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques. Cette ressource, payée à chaque plein de carburant, représente une manne majeure pour l’État et les collectivités. Les estimations citées dans le débat public évoquent environ 40 milliards d’euros de recettes liées aux carburants, un montant difficile à remplacer à mesure que les ventes d’essence et de gazole reculent.
L’électrification ne produit pas encore un manque massif, car le parc roulant reste très majoritairement thermique. Les voitures électriques ont représenté une part élevée des immatriculations neuves au premier semestre, avec des estimations proches de 29 % selon les données relayées par le secteur. Leur présence dans l’ensemble du parc reste néanmoins faible, à moins de 4 % début 2026.
Cette différence entre les ventes neuves et le parc réel explique la prudence de Bercy. Une taxe appliquée trop tôt risquerait de freiner les ménages au moment où le marché a encore besoin de soutien. Les pouvoirs publics doivent aussi tenir compte du prix de l’électricité, du coût d’installation des bornes à domicile et des écarts territoriaux entre zones denses et zones rurales.
La question budgétaire ne disparaîtra pas pour autant. Plus les véhicules électriques circuleront, moins les taxes sur les carburants financeront les dépenses publiques associées à la route. Entretien du réseau, sécurité, aides au verdissement des flottes et soutien aux infrastructures de recharge devront être financés. Le débat ne porte donc pas seulement sur une nouvelle taxe, mais sur le transfert progressif d’un modèle fiscal fondé sur le litre de carburant vers un modèle fondé sur l’usage.

Londres taxera les électriques à partir du 1er avril 2028
Le Royaume-Uni servira de laboratoire européen très observé. Londres prévoit d’appliquer, à compter du 1er avril 2028, une taxe kilométrique aux voitures électriques et hybrides rechargeables. Le dispositif doit compenser partiellement la baisse des recettes tirées des carburants, sans aligner totalement la charge fiscale sur celle des voitures essence ou diesel.
Le barème annoncé fixe une contribution de 3 pence par mile pour les véhicules 100 % électriques et de 1,5 pence par mile pour les hybrides rechargeables. Converti, le premier niveau représente environ 0,022 par kilomètre. Pour un automobiliste parcourant 15 000 kilomètres par an, l’ordre de grandeur atteindrait près de 330 euros annuels, selon le taux de conversion et le kilométrage réel.
Cette taxe s’ajoutera à la taxe de circulation britannique, le Vehicle Excise Duty. Les utilitaires, bus, motos et poids lourds électriques doivent rester hors du champ au lancement. Le choix de Londres traduit une approche graduelle, avec une contribution présentée comme inférieure à celle supportée par un véhicule thermique via les carburants.
Pour la France, le modèle britannique offre une référence concrète, mais pas une solution immédiatement transposable. Les habitudes de mobilité diffèrent, les niveaux de taxation existants ne sont pas identiques et la sensibilité sociale autour du prix des déplacements reste particulièrement forte. Une contribution au kilomètre exigerait aussi un système de collecte fiable, acceptable et peu intrusif. Déclarer un kilométrage, le contrôler, traiter les véhicules importés ou les trajets professionnels soulèverait des questions pratiques et politiques.
Linky, carte grise et kilomètres dans les scénarios français
En France, aucune taxe kilométrique sur les voitures électriques n’est en vigueur à ce jour. Le sujet pourrait être abordé lors de la loi de finances pour 2027, mais aucune décision n’est arrêtée publiquement. Plusieurs options circulent dans les discussions, allant d’une taxation de la possession à une contribution liée à l’usage réel du véhicule.
Une première piste consisterait à s’appuyer sur la recharge à domicile, notamment via le compteur Linky. Cette option aurait l’avantage de cibler une partie de la consommation électrique automobile. Elle présente aussi des limites fortes, car de nombreux ménages utilisent des bornes publiques, des prises sur leur lieu de travail ou des recharges partagées en copropriété. Distinguer précisément l’électricité destinée à la mobilité de celle utilisée dans le logement demanderait une architecture technique et juridique complexe.
Une autre piste passerait par la carte grise, avec une fiscalité renforcée selon la masse, la puissance ou le prix du véhicule. Ce modèle serait plus simple à administrer, mais il taxerait la possession sans tenir compte des kilomètres parcourus. Un conducteur roulant 5 000 kilomètres par an paierait autant qu’un gros rouleur disposant du même modèle, ce qui poserait une question d’équité.
Le souvenir des Gilets jaunes pèse sur toute réforme touchant aux déplacements. La hausse de la fiscalité carbone sur les carburants avait provoqué une crise sociale durable, en particulier dans les territoires dépendants de la voiture. L’exécutif sait que toute contribution nouvelle sur l’électrique devra être expliquée, progressive et probablement accompagnée d’exemptions. Les ménages modestes, les zones rurales, les artisans et les professions mobiles seront au centre des arbitrages.
Le calendrier joue aussi un rôle déterminant. Tant que les électriques restent minoritaires dans le parc, le rendement d’une taxe dédiée demeure limité. À l’inverse, attendre une diffusion massive réduira progressivement les recettes issues des carburants. Bercy doit donc préparer un relais sans casser l’adoption des modèles zéro émission à l’usage, au moment où les constructeurs multiplient les lancements et où les réseaux de recharge poursuivent leur déploiement.
Questions fréquentes
- La France taxe-t-elle déjà les voitures électriques au kilomètre ?
- Non. Aucune taxe kilométrique spécifique aux voitures électriques n’est appliquée en France à ce jour. Le débat porte sur des options possibles pour compenser la baisse future des recettes liées aux carburants.
- Pourquoi le malus au poids électrique a-t-il été retiré du budget 2026 ?
- Le gouvernement a choisi de ne pas fragiliser un marché électrique encore en développement. La mesure aurait touché surtout les SUV et grandes berlines électriques, avec un risque de ralentissement des ventes.
- Quel modèle le Royaume-Uni appliquera-t-il en 2028 ?
- Le Royaume-Uni prévoit une taxe de 3 pence par mile pour les voitures électriques et de 1,5 pence par mile pour les hybrides rechargeables à partir du 1er avril 2028.
- Une taxe via le compteur Linky est-elle possible ?
- Cette piste est évoquée, mais elle pose des questions techniques et juridiques. Il faudrait isoler précisément l’électricité utilisée pour la recharge automobile, ce qui reste complexe dans les usages réels.
À retenir
- Le malus au poids électrique a été retiré du budget 2026.
- La TICPE représente une recette majeure menacée par l’électrification.
- Le Royaume-Uni instaurera une taxe kilométrique en 2028.
- La France étudie surtout des scénarios progressifs et politiquement sensibles.
Sources
- Les voitures électriques sont sauvées : cette taxe prévue pour 2026 a finalement disparu du budget – Les Numériques
- la voiture électrique a toutes ses chances d'être taxée en …
- "Il ne faut pas se faire d'illusions" : les voitures électriques bientôt taxées ? | TF1 Info
- Bientôt une taxe de 2 centimes par kilomètre sur les véhicules électriques ? Ce que le modèle britannique pourrait changer en France – ladepeche.fr
- Non, la France ne va pas instaurer de taxe au kilomètre sur les voitures électriques
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